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lundi 16 avril 2018

Le maillet et le ciseau



A l'occasion d'un travail plastique sur la notion de "non finito", les élèves de seconde ont expérimenté l'art de la sculpture. Expérience particulièrement troublante, puisqu'il s'agit de détruire la matière pour faire émerger la forme...







Il existe plusieurs mythes fondateurs de la sculpture, le plus connu étant celui de Pygmalion.
L'histoire du maillet et du ciseau, dont se sont symboliquement emparés la franc-maçonnerie et l'école des compagnons du devoir, est éclairante sur le sujet: le passage d'un matériau brut à une forme "finie" revêt le caractère mystérieux du geste, de la transmission du geste, de l'art comme savoir faire.





Cheval de la frise du Roc de Sers,
22 000 et 17 000 ans BP (before present = AA: avant aujourd'hui)


Chez un Maître sculpteur, vivait l’enfant de son assistant. Son père lui avait interdit d’entrer dans l’Atelier ; afin de ne pas troubler les travaux du Maître. Aussi, de son jeune âge, cet endroit était un lieu magique. Des pierres grossièrement taillées y entraient et de magnifiques sculptures en ressortaient.
Un jour, on vint livrer un bloc de marbre brut énorme. Il était si grand et si gros qu’il fût impossible de le mettre à l’intérieur de l'atelier. Il resta donc dans la cour.
Tête de cheval sculptée (copie) du fronton est du Parthénon,
Athènes, Grèce.  ‎Entre 442 et 438 av. J.-C.
Phidias et son atelier.
(Buste original conservé au British Museum, London.)




L’enfant était fasciné par ce bloc, tous les jours il passait de longs moments à le toucher pour sentir la chaleur de la pierre au soleil ; il imaginait, dans ses reliefs et dans ses veines, des montagnes, des vallées, des rivières. Chaque jour, il découvrait d’autres merveilleux paysages, d'autres mondes à explorer à la surface de la pierre.
Mais il dut s’absenter avec son père pendant plusieurs semaines.
A son retour, le bloc de marbre avait disparu et un splendide et gigantesque cheval trônait au milieu de la cour.
Interrogeant son père au sujet du bloc de pierre, celui-ci dit que le maître l’avait taillé pour en faire sortir le cheval.
Étonné, l’enfant alla voir le maître et lui demanda : « Mais comment savais-tu qu’il y avait un cheval caché dans la pierre ? »
En guise de réponse, le maître sculpteur lui donna un ciseau et un maillet et lui dit : « Apprend à t’en servir et, toi aussi, tu découvriras qui est dans la pierre ».



mardi 3 octobre 2017

La bicyclette ensevelie: une référence à ne pas manquer...



Cette oeuvre, au programme du baccalauréat les années précédentes est une référence importante dans le cadre des cours de manière générale.
Recommandée pour tout travail sur l'objet, le ready made, l'installation, la sculpture, la notion d'échelle, l'in situ, le couple nature/culture, le statut de l'oeuvre d'art...
Ne pas hésiter à consulter ici le site art plastoc à ce sujet, et à surfer sur tous les liens...



jeudi 12 janvier 2017

Ready made: détourner le quotidien pour en faire de l'art

Malcel Duchamps pourrait être considéré comme le Léonard de Vinci du XXème siècle!
Pourquoi?
Parce qu'il a révolutionné la définition de l'art... notamment en détournant l'objet du quotidien pour en faire une oeuvre d'art.
Quelques vidéos pour mieux comprendre (à lire dans l'ordre pour mieux appréhender les choses...):

"Fontaine". Duchamps.
D'art d'art. Production Froggies. France 2. 2004


"Quest ce qu'un ready made?"
Selrahc, vidéo sur les idées reçues et les lieux communs concernant les théories esthétiques.


"Marcel!" par Jean Achache. 2004

lundi 12 septembre 2016

"Le VAN sur pellicule": la parole aux artistes

Pour cette nouvelle édition du Voyage A Nantes 2016, Presse Océan a réalisé 10 documentaires sur quelques œuvres présentées, dans lesquels les artistes eux même racontent leur travail.
Des interview très instructives pour comprendre une démarche artistique...

Le VAN sur pellicule (1/10) : Un aquarium dans une cabine téléphonique (Passage Sainte Croix)

Le VAN sur pellicule (2/10) : Léviathan et ses artistes (LU)

Le VAN sur pellicule (3/10) : Grafikama, l'Afrique vous parle (Rue des pénitentes)

Le VAN sur pellicule (4/10) : HeHe fait tomber un pylône(Douves du Château des duc de Bretagne)

Le VAN sur pellicule (5/10) : Trésors de réfugiés (Château de Nantes)

Le VAN sur pellicule (6/10) : Mes tripes sont des poissons d'argent (Piscine Léo Lagrange)

Le VAN sur pellicule (7/10) : Sculpture de Pierre-Alexandre Rémy (Cours Cambronne à Nantes) 

Le VAN sur pellicule (8/10) : Ange Leccia (Hab Galerie de Nantes)


Le VAN sur pellicule (9/10) : Ador et Semor "Parade, balade et distorsion" (Atelier Lebras)


Le VAN sur pellicule (10/10) : Musée nomade (l'Atelier)

lundi 14 décembre 2015

De l'art comme digestion...


Au delà d'un questionnement sur l'utilité de l'art, et sa définition, la machine à fabriquer des sculptures fécales de Wim Delvoye est une métaphore de la condition humaine.
Elle pose la question du rapport entre la nature animale de l'humanité (égalitaire entre toute) et une société qui nie, ce qui fait de tout être humain, un être organique.
Dans un monde aseptisé, qui rejette, de manière générale, tous les fluides corporels, odeurs et excréments, pourtant indispensables à la vie, la digestion est un tabou, tout en étant ultra sollicitée par la promotion du plaisir de manger.
Entre une publicité détournée de Monsieur Propre, Coca Cola et Chanel (made in China...), Cloaca, dont il existe une dizaine de version, trône comme un monstre mécanique contre nature, dans une propreté clinique, éclairée par des vitraux de cathédrale, composés de radiographies de tubes digestifs.
Entre sacralité et scandale, art et science, Wim Delvoye propose donc une oeuvre dont la portée existentialiste est plus riche, complexe et variée qu'il n'y parait.





D'un point de vue artistique notamment, elle s'inscrit dans une tradition scatologique de l'art, qui ne manque jamais de faire polémique.
Si la provocation interpelle la question de la posture de l'artiste face aux conventions, la dimension défécatoire pose la problématique du processus de création.
D'aucun pense la création comme un don venu du ciel, une grâce de Dieu, une vertu  inspirée des Muses.
Pourtant, psychanalytiquement parlant, le processus créatif s'apparente à une digestion: pétri d'intention consciente ou inconsciente, l'artiste se nourrit de son environnement, de sa culture, de son histoire, prend le temps de les digérer, afin de mettre au monde une oeuvre qui répond comme une nécessité viscérale, à son besoin de créer, intérieur et impérieux.
D'ailleurs, Wim Delvoye n'est pas le premier artiste à illustrer cette théorie par une oeuvre d'art.

Maurice Joyant, "Henri de Toulouse Lautrec chiant sur la plage de Crotoy (Picardie)", 1898 (photographies publiées sous la forme de cartes postales)

Antonio manzoni, "merda d'artista", 1961, 30 grammes d'excréments de l'artiste, vendus en boite de conserve hermétique, au prix de trente grammes d'or
He/She, Tim Nolde et Sue Webster, 2004 (tas de déchets dont les ombres portées représentent les deux artistes en train d'uriner)

Merde ou œuvre d’art ? Réflexions captées dans divers vernissages par Radio Pacoul...



mardi 10 novembre 2015

L'art au bout du fusil

L'intention de l'artiste se manifeste dans le croisement des paradigmes de la création.
La performance est à la fois oeuvre d'art et processus créatif d'une autre oeuvre, qui à son tour témoigne de la première.




Les "tirs" (1960- 1961) de Niki de Saint Phalle laissent l'oeuvre se créer au hasard de son adresse.

Quand la portée symbolique de l'outil et du geste de l'artiste prend le pas sur la technicité...


mardi 8 septembre 2015

Ange Leicca: Jamais la mer ne se retire


Ange Leicca, vidéaste, éclaire dans cette interview, l'acte de création. Les notions qu'il exprime résument, avec une grande poésie, une définition de l'art véritable, parce qu'incertaine, aux contours indéfinis et changeants.

Pour mieux appréhender son discours, voici la vidéo dont il parle.


Créateur de l'installation vidéo "Nymphéa" sur le canal Saint Félix à Nantes (dans le cadre du Parcours de l'Estuaire et du Voyage à Nantes), cet artiste engage en quelques mots la notion de présentation (mise en présence d'un réel) comme un principe intrinsèque de l'art.

dimanche 10 mai 2015

Camouflé dans le décor

Exposées depuis 1992 au Château d’Oiron, les œuvres de Claude Rutault, nommées « Définitions/méthode » sont caractérisées par une toile de forme basique peinte de la même couleur que le mur sur lequel elle est exposée.
Ce phénomène de camouflage créée une cohabitation entre l’œuvre et son support , dont l’uniformité interroge le spectateur sur la réelle nature de l’œuvre, qui dépasse les notions de représentation habituelles ( figuration d'un élément, abstraction du réel...).

Claude Rutault –Salle des plates peintures, œuvre du corpus « Définitions/méthode » (1992) 
–Château D'Oiron, chambre du roi

Proche du groupe artistique «  Support/Surface » Rutault reprends à sa manière leur manifeste : « L’objet de la peinture, les tableaux exposés n’offrent point d’échappatoire, car la surface, par les ruptures de formes et de couleurs qui y sont opérées, interdit les projections mentales ou les divagations oniriques du spectateur.  Il ne s’agit pas de la recherche d’une pureté originelle, mais de la simple mise à nu des éléments picturaux, d’où la neutralité des œuvres présentées ».


Kasimir Malevitch – Carré Blanc sur Fond Blanc (1918)
 – Musée d'Art Moderne NY
Rutault évacue alors la subjectivité du geste de l’artiste au profit de l’indépendance de l’œuvre, contrainte par son seul environnement. Cette démarche extrême de neutralité , renouvelant les codes artistiques du monochrome, dépasse celle de Malevitch.
Par exemple, Carré Blanc sur Fond Blanc reflète une démarche radicale entre l'absence totale de figuration et d'abstraction, où l'artiste privilégie ainsi la matière, le format et le support de l’œuvre

Bérénice Richard. 1L






Par ailleurs, la sobriété de l’œuvre de Rutault, installée dans "la chambre du roi" pourrait sembler en apparente opposition avec l'abondance des décors d'origine.
Cependant, cette rupture  n'est pas dénuée de sens et s'articule avec l'architecture de manière inattendue.
Par la similitude  stylistique que ces décors entretiennent avec les décors de la salle voisine, le "cabinet des muses", le spectateur trouve une certaine continuité entre les deux espaces.
Or, cette continuité est plus grande qu'il le croit, puisque là encore, la peinture joue au camouflage avec les murs, et dissimule une porte dérobée, qui dessert un espace caché et commun aux deux salles.

Salle des muses
 
Chambre du roi






















Mise à nu et surabondance décorative s'opposent et se rejoignent alors dans un même questionnement sur la peinture, comprise, quelle qu’en soit la définition, comme un artifice, une illusion, qui interroge les relations entre l'espace du spectateur et l'espace architectural. 


samedi 9 mai 2015

Vaincre les lois de la gravité, ou la photographie des fausses apparences



Lévitation rationnelle. Philippe Ramette. Château de Oiron.

Cette photographie, aux premiers abords, trouble le spectateur.
Photographie? Sculpture? Performance?

Philippe Ramette est un artiste (sculpteur, photographe et dessinateur) qui aime défier les lois de la logique, à travers celle de la gravité.
Il réalise des installations surréalistes dans lesquelles il met en scène son propre corps, dans des postures improbables et illogiques, grâce à ses prothèses, sculptures d'objets hybrides insolites, qui permettent d'appréhender le monde selon un autre point de vue.
Dans ses images, il n'y a aucune trucage photographique, aucune retouche numérique!
Cela parait incroyable. Mais c'est justement cette sensation de mystère, palpable dans la tension du corps de l'artiste photographié, que Philippe Ramette cherche à créer, en tant que moteur du regard contemplatif du spectateur.
“Bien sûr, on pourrait faire une manipulation numérique, mais ce qui m’intéresse, c’est ce paradoxe : la rationalité effective de ces images" -qui paraissent irrationnelles-
La performance acrobatique et la mise en situation concrète de ses prothèses, créent un décalage du regard, qui désarçonne le spectateur et l'oblige à inventer une nouvelle façon de regarder le monde.
La photographie n'est cependant pas documentaire, mais constitue l’œuvre d'art finale, intrigante comme une énigme à résoudre, qui joue sur l'absurde.
La photographie est le prolongement des démarches artistiques précédentes (sculpture, mise en situation performative), qu'elle englobe dans son processus de création et qu'elle rend invisible, tout en étant le garant de leur existence, sans lequel elles perdraient toute signification.

Ce phénomène questionne la nature de l’œuvre d'art, en faisant exploser les frontières entre processus créatif et objet final.
Une oeuvre disparait pour en produire une autre, dans laquelle elle reste présente!

Philippe Ramette. Balcon 2 (Hong Kong). 2001
Philippe Ramette. Contemplation irrationnelle. 2003





















Cette volonté délibérée d'intriguer le regard du spectateur en jouant avec la gravité est une marque de fabrique que l'on retrouve dans les travaux du collectif de designers et photographes japonais NAM.

Cependant, ici, la démarche est une approche esthétisante et artificielle du chaos, stoppé dans son mouvement par un arrêt sur image volontairement faux, mais d'une beauté idéale - parfaite pour une image de publicité-.

Face à la problématique du vrai et du faux, de la crédibilité rationnelle d'une représentation, la question du statut de la photographie est donc ici également posée.
Entre art fondamental et art appliqué, cette image, à la mise en scène visiblement truquée mais d'une maitrise de retouche numérique parfaite, renverse la logique du regard du spectateur, non seulement sur le monde qui nous entoure, à travers la modification de la gravité, mais aussi sur les codes techniques et esthétiques de la photographie.

Une façon détournée d'interroger les apparences et les paradoxes de l'art et de la société.

Collectif NAM. Panic room. 2012


D'après l'article de Caroline Charbonneau. Classe de première.